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Dans ses sculptures documentaires, Pierre Larauza interroge le geste sportif à travers l’art, liant histoire, hommage et combats.

Deux oeuvres de la série (que les Pépinières soutiennent depuis plusieurs années), 20 février 1998, Nagano et 20 octobre 1968, Mexico seront exposées au Carreau du Temple dans le cadre du festival Jogging 2023.

Documentary sculptures

Avec cette recherche, l’artiste français développe une oeuvre tridimensionnelle profondément ancrée dans le réel : un processus qu’il qualifie de « sculpture documentaire ». Ce travail critique d’investigation du réel prend la forme de reconstitutions historiques grandeur nature reproduisant la trajectoire de mouvements physiques mass-médiatisés qui l’ont particulièrement marqué : d’un geste sportif culte à une bavure policière raciste. Des mouvements iconiques symboles d’invincibilité, d’inventivité, d’iniquité ou encore d’interdit. Selon un procédé de décomposition du mouvement et un travail d’enquête (rencontre des protagonistes, analyse d’archives...), ses oeuvres figent dans l’espace-temps une seconde emblématique de ces évènements. Qu’il s’agisse d’un mouvement record, d’une invention chorégraphique, d’un mouvement interdit ou d’un mouvement raciste, ces sculptures évoluent au fil des enquêtes menées, transformant les œuvres en processus et, inversement, ces processus en œuvres.

Attaché à la dimension participative pour certaines de ses oeuvres, Pierre Larauza a, par exemple, créé pour la ville de Bruxelles une sculpture urbaine pérenne au croisement de l’art, du sport et du documentaire. Inauguré en septembre 2021 en présence de Mike Powell, ce dispositif permet à tout un chacun de se mesurer à la démesure du record du monde de saut en longueur.

Pierre Larauza est également impliqué dans la recherche universitaire : sa thèse de doctorat en Art et Sciences de l’Art questionne ainsi l’intersection entre la sculpture et une approche documentaire. Au travers de l’hypothèse d’un « récit plastique néo-factuel », il analyse les enjeux esthétiques et critiques d’une telle pratique tridimensionnelle d’investigation du réel.

Pierre Larauza a par ailleurs publié sur l’hybridité spectatorielle de la danse au musée (Geuthner, 2019) ou sur l’approche syncrétique de Cindy Sherman (Koregos, 2020). Intervenant extérieur à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles (modules 2016 et 2018), il s’investit par ailleurs depuis 2016 dans un projet transculturel au Vietnam dont l’ambition est de constituer à long terme une base d’expériences et de réflexions non-ethnocentrées. Dans ce cadre-là, il donne des workshops d’installation et de sculpture à l’Université des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville.

20 février 1998, Nagano

The documentary sculpture "February 20, 1998, Nagano" recreates life-size the famous backflip of French figure skater Surya Bonaly during the Olympic Games in Nagano. A feat that has since become for many the icon of the fight of a woman, a minority or a difference. Note that Surya Bonaly will be the patron of these next World Championships.

During the 1998 Olympic Games in Nagano, French figure skater Surya Bonaly defied the members of the jury by performing a backflip that was forbidden in competition. A prodigious movement that she symbolically offered to the public. Although in reality, she did not break the rules by landing on one leg, she was nevertheless relegated to eleventh place in the long program. Since then, no athlete, female or male, has performed this extreme figure in competition.

Furthermore, Surya Bonaly remains the only person to have performed a backflip landing on one foot, giving her name to this jump: the "Bonaly". This movement that would end her competitive career is the symbolic gesture of a black athlete in one of the whitest sports there is. A sport in which she never stopped trying to push the limits but where her athletic style and musculature, marked by her origins as a gymnast, did not match the canons of beauty in force at the time in figure skating.

In line with the work of the Frenchman Etienne-Jules Marey or the British photographer Eadweard Muybridge, famous for their research on the decomposition of movement, the design of the sculpture February 20, 1998, Nagano requested an extremely precise analysis of the movement performed by Surya Bonaly. The trajectory of the ice skates was broken down into a series of positions in three-dimensional space (and time) before being materialized again within the work.

Surya Bonaly

Surya Bonaly is a figure skater born on December 15, 1973 in Nice (Alpes-Maritimes). She was nine times French solo champion (from 1989 to 1997) and once French pair champion in 1989 and won a multitude of international prizes including eight world medals (figure skating and tumbling combined).

Read also (french) : 20 ans après - 1991 : Surya Bonaly décroche l’or aux Championnats d’Europe de patinage artistique

20 octobre 1968, Mexico

Le 20 octobre 1968 aux Jeux olympique de Mexico, un sauteur en hauteur déjoue les conventions en proposant un mouvement inédit issu d’une transgression presque chorégraphique. Après concertation, les juges homologuent le saut. L’américain Dick Fosbury, 21 ans, est sacré champion olympique.

Cette sculpture de mouvement, décompose le geste de Fosbury et nous le laisse entrevoir dans toute sa complexité plastique. A noter que ce projet a également donner lieu à une performance de Pierre Larauza and Emmanuelle Vincent (t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e).

Pierre Larauza (Fr)

Artiste français, Pierre Larauza vit et travaille à Bruxelles depuis 2003. Sculpteur, architecte et chorégraphe, il est également chercheur en art (docteur en Art et sciences de l’art - ULB). Son travail artistique a l’ambition de faire se rencontrer l’art et le sport dans une démarche documentaire et ludique.

Pierre Larauza dédie sa vie à l’exploration artistique du mouvement au travers de son travail de sculpture et de ses spectacles et flms de danse présentés dans plus de vingt-cinq pays (au sein de la Compagnie t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e, en collaboration avec la danseuse et chorégraphe Emmanuelle Vincent). En plus de ses créations et de ses recherches théoriques, Pierre Larauza est également co-fondateur de Máy xay sinh tố, un laboratoire interdisciplinaire et transculturel basé au Vietnam fondé en 2016 avec les artistes Emmanuelle Vincent et Thy Nguyen Truong Minh, en association avec l’Université des Beaux-Arts de Hô, la Ville de Chi Minh et plus récemment l’école d’art ERG à Bruxelles.

pierrelarauza.net

 

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