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Du record du monde de saut en longueur de Mike Powell à la bavure policière raciste sur Tamir Rice en passant par le salto arrière interdit de la patineuse Surya Bonaly : autant de mouvements historiques que l’artiste visuel et chorégraphe Pierre Larauza reconstitue en sculpture tel un documentariste.

Dans ses « sculptures documentaires », Pierre Larauza, Docteur en art et sciences de l’art, s’attache à reproduire des mouvements physiques qui l’ont particulièrement marqué. Qu’il s’agisse d’un mouvement record, d’une invention cho- régraphique, d’un mouvement interdit ou d’un mouvement raciste, ses œuvres interrogent le geste physique à travers l’art, liant histoire, hommage et combats.

L’exposition propose un regard inédit sur le travail de l’artiste en mettant à nu le procédé de décomposition du mouvement et le travail d’enquête mené dans l’élaboration des œuvres où se mêlent témoignages, interviews, documents d’archives et fragments de sculptures à taille réelle.

Une approche poétique du corps en mouvement à découvrir au Forum des Halles de Louvain-la-Neuve.

Sculptures documentaires

Avec cette recherche, l’artiste français développe une oeuvre tridimensionnelle profondément ancrée dans le réel : un processus qu’il qualifie de « sculpture documentaire ». Ce travail critique d’investigation du réel prend la forme de reconstitutions historiques grandeur nature reproduisant la trajectoire de mouvements physiques mass-médiatisés qui l’ont particulièrement marqué : d’un geste sportif culte à une bavure policière raciste. Des mouvements iconiques symboles d’invincibilité, d’inventivité, d’iniquité ou encore d’interdit. Selon un procédé de décomposition du mouvement et un travail d’enquête (rencontre des protagonistes, analyse d’archives...), ses oeuvres figent dans l’espace-temps une seconde emblématique de ces évènements. Qu’il s’agisse d’un mouvement record, d’une invention chorégraphique, d’un mouvement interdit ou d’un mouvement raciste, ces sculptures évoluent au fil des enquêtes menées, transformant les œuvres en processus et, inversement, ces processus en œuvres.

Attaché à la dimension participative pour certaines de ses oeuvres, Pierre Larauza a, par exemple, créé pour la ville de Bruxelles une sculpture urbaine pérenne au croisement de l’art, du sport et du documentaire. Inauguré en septembre 2021 en présence de Mike Powell, ce dispositif permet à tout un chacun de se mesurer à la démesure du record du monde de saut en longueur.

Pierre Larauza est également impliqué dans la recherche universitaire : sa thèse de doctorat en Art et Sciences de l’Art questionne ainsi l’intersection entre la sculpture et une approche documentaire. Au travers de l’hypothèse d’un « récit plastique néo-factuel », il analyse les enjeux esthétiques et critiques d’une telle pratique tridimensionnelle d’investigation du réel.

Pierre Larauza a par ailleurs publié sur l’hybridité spectatorielle de la danse au musée (Geuthner, 2019) ou sur l’approche syncrétique de Cindy Sherman (Koregos, 2020). Intervenant extérieur à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles (modules 2016 et 2018), il s’investit par ailleurs depuis 2016 dans un projet transculturel au Vietnam dont l’ambition est de constituer à long terme une base d’expériences et de réflexions non-ethnocentrées. Dans ce cadre-là, il donne des workshops d’installation et de sculpture à l’Université des beaux-arts de Hô Chi Minh-Ville.

 

20 février 1998, Nagano

La sculpture documentaire "20 février 1998, Nagano" reconstitue grandeur nature le célèbre saut périlleux arrière de la patineuse artistique française Surya Bonaly lors des Jeux olympiques à Nagano. Exploit qui, depuis, est devenu pour beaucoup l’icône du combat d’une femme, d’une minorité ou d’une différence. A noter que Surya Bonaly sera la marraine des ces prochains Championnats du Monde.

Lors des jeux olympiques de 1998 à Nagano, la patineuse française Surya Bonaly défe les membres du jury en effectuant un salto arrière interdit en compétition. Un mouvement prodigieux qu’elle offre symboliquement au public. Bien qu’en réalité, elle n’enfreint pas le règlement en atterrissant sur une seule jambe, elle sera néanmoins reléguée à la onzième place du programme long. Depuis, aucun sportif, féminin ou masculin n’a réalisé cette figure extrême en compétition.

Par ailleurs, Surya Bonaly reste la seule personne à avoir accompli un saut périlleux arrière en se réceptionnant sur un seul pied, donnant son patronyme à ce saut : le « Bonaly ». Ce mouvement qui clôturera sa carrière de compétitrice est le geste symbolique d’une athlète noire dans l’un des sports les plus blanc qui soit. Un sport dans lequel elle n’a jamais cessé d’essayer de repousser les limites mais où son style athlétique et sa musculature, marqués par ses origines de gymnaste, n’épousaient pas les canons de beauté en vigueur à l’époque dans le patinage artistique.

Dans la lignée des travaux du français Etienne-Jules Marey ou du photographe britannique Eadweard Muybridge, célèbres pour leurs recherches sur la décomposition du mouvement, la conception de la sculpture 20 février 1998, Nagano a demandé une analyse extrêmement précise du mouvement réalisé par Surya Bonaly. La trajectoire des patins à glace a été décomposée en une série de positions dans l’espace tridimensionnel (et dans le temps) avant d’être matérialisée à nouveau au sein de l’œuvre.

Surya Bonaly

Surya Bonaly est une patineuse artistique née le 15 décembre 1973 à Nice (Alpes-Maritimes). Elle a été neuf fois championne de France en solo (de 1989 à 1997) et une fois championne de France en couple en 1989 et a remporter un multitude de prix internationnaux dont huit médailles mondiales (patinage artistique et tumbling confondus).

lire aussi : 20 ans après - 1991 : Surya Bonaly décroche l’or aux Championnats d’Europe de patinage artistique

20 octobre 1968, Mexico

Le 20 octobre 1968 aux Jeux olympique de Mexico, un sauteur en hauteur déjoue les conventions en proposant un mouvement inédit issu d’une transgression presque chorégraphique. Après concertation, les juges homologuent le saut. L’américain Dick Fosbury, 21 ans, est sacré champion olympique.

Cette sculpture de mouvement, décompose le geste de Fosbury et nous le laisse entrevoir dans toute sa complexité plastique. A noter que ce projet a également donner lieu à une performance de Pierre Larauza and Emmanuelle Vincent (t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e).

Pierre Larauza (Fr)

Artistic director and co-founder of the Belgian-based contemporary dance company t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e with the dancer and choreographer Emmanuelle Vincent. Since 2003, they have explored the movement through contemporary hybrid forms, crossing disciplines in a multicultural approach. Their performances and films have been performed or exhibited worldwide in more than 26 countries.

Currently Php student at Université Libre de Bruxelles and Paris 1, his areas of study are “Artistic practice of historical reenactment”, “Choreographic immersion in museums” and what he calls “Documentary sculpture”: his main research where he develops in sculpture the reenactments of historical body movements (sport movement or human interest stories).

Larauza’s first publication is currently being published: an article dedicated to the analysis the contemporary museum mutation through four choreographic variations experimented at the Hô-chi-minh-city Museum of Fine Arts in Vietnam. A second article in progress is about the syncretic dimension that Cindy Sherman’s Untitled Films Stills (1977-1980) maintains on several levels with cinema.

Beside his creations and theoretical researches, Larauza is also co-founder of Máy xay sinh tố, an interdisciplinary and transcultural laboratory based in Vietnam founded in 2016 with the artists Emmanuelle Vincent and Thy Nguyen Truong Minh in association with the University of Fine Arts in Hô Chi Minh City and more recently the art school ERG.

Researcher, sculptor, set designer, choreographer, filmmaker or even performer, Larauza’s roles intertwine and the concept of specialization gradually fades away to nourish his interest for in(ter)disciplinary approach. Hybridity imposes itself naturally in Larauza’s practice and theoretical research.

pierrelarauza.net
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Infos

  • 28.09 > 02.11.2023
    Vernissage le 28/09 | 18:00
  • Du lundi au vendredi de 9h à 17h et le samedi de 11h
  • Forum des Halles – Galerie des Halles
  • Place de l’Université 1, Louvain-la-Neuve
  • Entrée libre
  • uclouvain.be/culture

Production

  • UCLouvain Culture – Arts & Science. Avec le soutien de Transcultures.
  • Le travail de Pierre Larauza est, en autres, soutenu par : Centre de recherche CiAsp, Transcultures, Pépinières européennes de Création et t.r.a.n.s.i.t.s.c.a.p.e
  • transitscape.net – transcultures.bepepinieres.eu